Depuis quatre ans, Articonnex collabore avec les étudiants de l’ENSA Nantes dans le cadre de l’unité d’enseignement « Matières d’ambiances » encadrée par Virginie Meunier et Matthieu Lebot.
À travers ce partenariat, des matériaux issus du réemploi sont mis à disposition afin d’alimenter une pédagogie fondée sur l’expérimentation, la manipulation de la matière.
Un des objectifs est de sensibiliser les futurs architectes aux enjeux du réemploi, en les invitant à travers l’expérimentation de la matière à explorer de nouvelles esthétiques, de nouvelles ambiances et de nouveaux usages.
La proposition faite aux étudiants : décaler le regard sur la matière de réemploi et détourner l’usage premier du matériau pour redonner une valeur à un matériau destiné à la benne
Pour cette édition 2025, L’enjeu n’était pas seulement de réutiliser ces matériaux, mais de composer avec leurs contraintes et d’aller au-delà des dimensions techniques en révélant leurs qualités sensibles et ainsi révéler un nouveau potentiel en terme d’usages,
d’ambiances et d’esthétique.
Les étudiants ont à concevoir et construire une dispositif d’ambiances faisant vivre une expérience sensible et révélant le potentiel de la matière.
Les matériaux utilisés pour les projets 2025
Pour cette édition, Articonnex a mis à disposition des étudiants une sélection de matériaux volontairement hétérogène et atypique :
• rideaux noirs 100 % polyester,
• dalles gravillonnées,
• ardoises synthétiques,
• mousse de protection plastique,
• plots de clôtures de chantier,
• panneaux miroirs.
Initialement conçus pour des usages strictement fonctionnels, ces matériaux ont été réinterprétés comme éléments d’ambiances, supports de narration spatiale et d’expériences sensibles.
Six dispositifs d’ambiances
À partir de cette sélection de matériaux, les étudiants ont imaginé et conçu six dispositifs d’ambiances uniques, réalisés et présentés à l’échelle 1.
Les différents dispositifs d’ambiances conçus et construits travaillent tous différemment la relation à la lumière et/ou aux reflets, à la transparence et/ou l’opacité, au mouvement, au rapport au corps, à la vue, au toucher… chacun matériau réinterprété racontant sa propre histoire.
Malgré des matériaux parfois complexes à manipuler, les étudiants ont relevé le défi en alliant créativité, innovation et rigueur constructive.
Voici les 6 dispositifs :
1 - Rideaux noirs - "le lustre olympique"


©ENSA Nantes - projet du groupe de BA Mouhamadou Boye - BRUNET Léa -
GUILLONNEAU Ambre - PÉTILLOT Jean
Matériau principal : rideau 100 % polyester noir
Dimensions : 3100 × 1500 x 10 mm
Usage initial : doublure, rideaux
Origine : Curage du village olympique des jeux de Paris 2024
À première vue, ce rideau se distingue par sa couleur noire profonde et son aspect satiné. Contrairement à l’image d’un textile laissant filtrer la lumière, il se caractérise par une opacité totale mais offrant de beaux reflets sous la lumière.
Les étudiants ont pris le contre-pied de la qualité occultante du rideau en proposant non plus de travailler sur l’ombre mais sur la lumière en concevant un lustre imposant composé de 5 cylindres mobiles permettant d’offrir des configurations variées à l’utilisateur. La lumière n’est plus diffusée vers l’extérieur mais contenue, créant un espace isolé, propice au calme et à l’introspection.
Le dispositif propose une expérience multisensorielle, mobilisant la vue par l’opacité, le toucher par la texture satinée et l’ouïe grâce à une acoustique douce et enveloppante.
L’assise intégrée invite à pénétrer au cœur du dispositif et à entrer en contact direct avec le textile.
Enfin, la composition en cinq cylindres mobiles fait écho aux cinq anneaux olympiques, en référence à l’usage initial de ces rideaux lors des Jeux Olympiques de Paris 2024, prolongeant ainsi l’histoire du matériau par un nouvel usage.
2 - Panneaux miroir – "Miroir, Miroir"


©ENSA Nantes - projet du groupe de APARICIO GOMEZ Isabel - BORDAGE Justine -
MIELGO GONZALEZ Diego - PICOT Simon - VENON Cassandra
Matériau principal : panneaux miroir aluminium composite
Dimensions : 3010 x 1070 x 19 mm
Origine : chantier de la Fondation Cartier
Issus d’un chantier démantèlement à la fondation Cartier, installée place du Palais-Royal à Paris, ces panneaux miroirs avaient initialement été utilisés comme parement d’une base de vie pour créer une illusion de continuité architecturale sur un site prestigieux.
Les étudiants ont choisi d’exploiter le pouvoir de réflexion et de fragmentation du matériau pour concevoir un dispositif à hauteur d’homme, jouant sur les angles afin de faire disparaître le spectateur face à son propre reflet mais aussi de révéler un paysage, la vue étant le principal sens sollicité dans ce dispositif d’ambiances.
L’installation joue entre visible et invisible, où les reflets recomposent un paysage mouvant et invitent à une expérience immersive, intime et introspective.
Un détournement qui révèle toute la dimension sensible et narrative d’un matériau industriel issu du réemploi.
3 - mousse protection plastique violette « DOADO »


©ENSA Nantes - projet du groupe de BENITO MONESMA Martí - JANISSON Anna -
LACLAU Idoia - LOPEZ DE DIEGO Natalia - PAPIAS Ambre
Matériau principal : mousses de protection plastique violettes
Origine : industrie aéronautique (Loire-Atlantique)
Dimensions unitaires : 970 × 300 × 200 mm
Ce matériau de protection industrielle est habituellement destiné à protéger des éléments sensibles lors du transport. Rigide mais flexible, dense mais malléable.
Les étudiants ont choisi de travailler le matériau de manière intuitive, en le découpant, le pliant et l’assemblant, jusqu’à faire émerger une forme de double assise.
Le dispositif propose deux postures distinctes :
• une assise basse, presque thérapeutique, invitant au repos et au relâchement.
• une assise plus haute et formelle, favorisant l’échange.
Le plastique devient ici une surface de contact avec le corps, épousant à la fois la structure en bois et le corps. Les interstices créés filtrent la lumière et les rayons solaires et instaurent une relation sensible entre les deux utilisateurs, qui peuvent s’entendre sans nécessairement se voir.
Avec DOADO, un matériau destiné à protéger est détourné en dispositif d’écoute, de confort et d’interaction.4 - Dalles gravillonnées "La paroi vivante"


©ENSA Nantes - projet du groupe de BRETON Canelle - LE GUENNEC Maïlys -
LHÉRIEAU Inès MONTERMINI Giulia - THOMAS Louise
Matériau principal : dalles gravillonnées claires et grises
Dimensions unitaires : 400 × 400 × 33 mm
Poids unitaire : 11 kg
Origine : dépose soignée d’un chantier de déconstruction à Noisy-le-Grand
Matériau habituellement utilisé en revêtement de sol extérieur, la dalle gravillonnée est ici détournée de son usage horizontal. Massive, et opaque, elle évoque l’inertie du béton et une certaine sobriété du matériau de construction.
Les étudiants ont choisi d’en faire un fragment de paroi verticale, séparative et modulable. Montées sur une structure en bois fonctionnant comme un système d’étagères, les dalles sont superposées en ménageant des interstices qui laissent filtrer la lumière, le soleil et la vue. La proposition d’intégrer des dalles gravillonnées pourtant très massives dans la structure étagère donne une perception de légèreté au dispositif construit. Les dalles offrent des supports d’usages variés.
Le dispositif présente deux faces distinctes :
• l’une plus lisse et maîtrisée.
• l’autre volontairement fracturée, révélant les trois strates du matériau : béton, ciment et graviers, ce qui participe à donner une autre lecture du matériau et une nouvelle esthétique.
En exposant la tranche, les textures et les jeux d’ombre, la paroi devient un support d’expériences sensibles et propose de nouvelles ambiances.
Ainsi, la paroi ne se contente plus de séparer : elle crée une ambiance et renouvelle la perception d’un matériau jugé “ordinaire”.
5 - Ardoises synthétiques « vagues d’ardoises »


©ENSA Nantes - projet du groupe de FÉLIX May-Hélène -
LAAMARTI Salmane - LE PIRONNEC Ozvan - SABBAH Roudaina -
YAHIA Iza - BADOU KOUADID Jonathan
Matériau principal : ardoises synthétiques
Dimensions : 330 × 230 × 3 mm
Origine : Dépose sur chantier (Loire-Atlantique)
Habituellement utilisée en couverture ou bardage, l’ardoise synthétique impose ici ses contraintes : elle se fissure, se brise et ne se met pas en forme. Les étudiants ont donc choisi de ne pas la contraindre, mais de la composer.
Le dispositif prend la forme d’un échantillon de façade, où des ardoises légèrement inclinées encastrées dans la structure créent des interstices qui peuvent, en fonction de leur plus ou moins grande inclinaison, laisser passer le soleil, la lumière, la vue. Cette “vague” minérale créée par la différence dans les inclinaisons module la lumière, génère des jeux d’ombres et permet de travailler le vis-à-vis, tout en donnant du mouvement à un matériau rigide.
Pensé avec un assemblage réversible (sans colle), le projet détourne l’ardoise de son rôle purement technique pour en faire le support d’une expérience lumineuse et sensible, entre opacité, transparence et légèreté.
6 - Plot clôture plastiques « HERAS »


©ENSA Nantes - projet du groupe de ATARAH Markus -
PETTON Lilou - GRANIER Elwenn -
LEMAIRE Thomas - ROUQUETTE-DUBERGEY Lucille
Matériau principal : plots de clôture de chantier en plastique recyclé
Poids moyen : 16,25 kg / plot
Dimensions moyennes : 800 x 280 × 130 mm
Habituellement destinés à lester des clôtures provisoires, ces plots denses et robustes sont ici détournés pour créer un petit mobilier urbain. Sans transformer la matière, les étudiants ont composé deux assises à partir d’assemblages de blocs, maintenus par un feuillard métallique discret.
Le contraste fait l’intérêt du dispositif : un objet pensé pour fermer, sécuriser et passer inaperçu devient une invitation à la pause, à la discussion et à l’usage public.
En changeant uniquement la fonction, le projet propose un regard neuf sur un matériau standardisé, en révélant son potentiel de confort, de stabilité et d’appropriation dans l’espace.
Le réemploi comme levier de création architecturale
Au-delà de l’exercice pédagogique, ces projets illustrent une conviction partagée par l’ENSA Nantes et Articonnex : le réemploi constitue un véritable levier d’expérimentations et d’innovations architecturales.
En confrontant les étudiants à des matériaux imparfaits ou inattendus, cet enseignement les invite à :
• questionner les standards de conception.
• développer une approche plus responsable des ressources.
• imaginer des architectures sensibles, en phase avec les enjeux environnementaux contemporains.
Prolonger la vie des dispositifs au-delà du cadre pédagogique
Au-delà de l’enseignement, l’ambition portée par ce partenariat est aussi de faire vivre ces réalisations en les exposant lors de temps forts, ces dispositifs d’ambiances ont été exposés lors de la journée porte ouverte de l’ensa Nantes le 24 janvier 2026 et seront exposés à l’ensa Bretagne dans le cadre de la programmation culturelle sur le réemploi d’ici mars/ avril 2026. Ces expositions permettent de :
• valoriser le travail des étudiants.
• sensibiliser un public plus large aux enjeux du réemploi.
• démontrer concrètement le potentiel des matériaux déclassés ou issus du réemploi dans des projets architecturaux et sensibles (j’enlèverai « et sensibles »).
En donnant une seconde vie à ces dispositifs, cette démarche s’inscrit pleinement dans une logique de sobriété, de transmission et de partage, prolongeant l’esprit même de l’unité d’enseignement « Matières d’ambiances » : concevoir, expérimenter… et faire durer.
Si vous souhaitez découvrir ou redécouvrir les réalisations des éditions précédentes, nous vous invitons à consulter nos articles de blog dédiés :
Edition 2024 , Edition 2023 et Edition 2022.